Le Règlement européen sur l’intelligence artificielle (AI Act) est entré en vigueur le 1er août 2024 et déploie progressivement ses obligations jusqu’en 2027. Ce texte établit un cadre réglementaire complet pour l’utilisation des systèmes d’IA dans l’Union européenne.Pour les entreprises françaises, la compréhension et l’application de ces nouvelles règles constituent un enjeu stratégique majeur.

Architecture réglementaire de l’AI Act
L’AI Act adopte une approche fondée sur les risques, catégorisant les systèmes d’IA en quatre niveaux distincts :
1. Risque inacceptable (interdit) : Manipulation cognitive nuisible, notation sociale gouvernementale, identification biométrique en temps réel dans les espaces publics. Sanctions : jusqu’à 35 millions d’euros ou 7% du CA mondial.
2. Haut risque : IA dans infrastructures critiques, éducation, emploi, services essentiels. Obligations substantielles : gestion des risques, gouvernance des données, documentation exhaustive, supervision humaine.
3. Risque limité : Chatbots, contenu synthétique, reconnaissance des émotions. Obligation principale : transparence et information des utilisateurs.
4. Risque minimal : Aucune obligation spécifique AI Act, mais RGPD applicable.
Classification de 12 cas d’usage courants
| Cas d’usage | Niveau de risque | Obligations principales | Délai conformité |
| Chatbot client IA générative | Limité | Information utilisateurs | Immédiat |
| Recommandation de contenu | Minimal | Transparence algorithme | – |
| Analyse CV recrutement | Haut | Audit biais, supervision humaine | Août 2027 |
| Détection fraude bancaire | Haut | Gestion risques, documentation | Août 2027 |
| Modération contenu | Limité à Haut | Supervision humaine, droit recours | Août 2027 |
| Analyse performances salariés | Haut | Consultation CSE, audit discriminations | Août 2027 |
| Génération contenu marketing | Limité | Watermarking, identification IA | Immédiat |
| Diagnostic médical assisté | Haut | Marquage CE, études cliniques | Août 2027 |
| Contrôle qualité industriel | Minimal | Documentation interne | – |
| Tarification dynamique | Limité à Haut | Transparence, anti-discrimination | Variable |
| Traduction automatique | Minimal | Qualité traductions | – |
| Prédiction churn client | Minimal | Conformité RGPD | – |
Focus sur les systèmes à haut risque
Les systèmes à risque inacceptable sont purement et simplement interdits. Cette catégorie englobe les techniques de manipulation cognitive susceptibles de nuire aux personnes, les systèmes de notation sociale généralisée par les autorités publiques, et l’identification biométrique en temps réel dans les espaces publics avec quelques exceptions strictement encadrées pour les forces de l’ordre. Aucune entreprise française ne peut légalement développer ou déployer ces technologies sous peine de sanctions pouvant atteindre 35 millions d’euros ou 7% du chiffre d’affaires mondial.
Les systèmes à haut risque subissent des obligations réglementaires substantielles. Cette classification concerne les IA utilisées dans les infrastructures critiques, l’éducation et la formation professionnelle, l’emploi, les services essentiels publics et privés, les forces de l’ordre, la gestion des migrations, et l’administration de la justice. Les entreprises déployant ces systèmes doivent établir un système de gestion des risques, assurer la qualité et la gouvernance des données, maintenir une documentation technique exhaustive, et garantir la transparence et la supervision humaine.
Les systèmes à risque limité sont soumis à des obligations de transparence. Les chatbots utulisés par les sites de divertissement comme Runa Casino par exemple, les systèmes de génération de contenu synthétique et les technologies de reconnaissance des émotions doivent clairement informer les utilisateurs qu’ils interagissent avec une IA. Cette transparence vise à préserver le consentement éclairé des personnes et à prévenir les manipulations.
Les systèmes à risque minimal, représentant la majorité des applications IA actuelles, ne subissent aucune obligation réglementaire spécifique au titre de l’AI Act, bien qu’ils restent soumis au RGPD et aux autres législations applicables..
Flowchart de décision simplifié
Pour faciliter l’évaluation du niveau de risque d’un système d’IA, nous avons développé un arbre décisionnel structuré en quatre étapes principales.
Étape 1 : Votre système manipule-t-il cognitivement ou note-t-il socialement ? → OUI = INTERDIT
Étape 2 : Intervient-il dans l’emploi, l’éducation, les services essentiels, la justice ? → OUI = HAUT RISQUE (12-18 mois de préparation)
Étape 3 : Génère-t-il du contenu ou interagit-il avec des humains ? → OUI = RISQUE LIMITÉ (transparence obligatoire)
Étape 4 : Autres cas → RISQUE MINIMAL (pas d’obligation AI Act)
Rôle de la CNIL et sanctions
En France, la CNIL assume le rôle d’autorité de contrôle pour l’AI Act en complément de ses missions RGPD existantes. Cette centralisation facilite les démarches de conformité pour les entreprises qui disposent d’un interlocuteur unique pour les questions de protection des données et d’intelligence artificielle.
La CNIL effectue des contrôles thématiques sectoriels ciblant prioritairement les systèmes à haut risque. En 2025, ses inspections se sont concentrées sur les IA de ressources humaines et les systèmes de notation de crédit. Pour 2026, les plateformes de contenu et les services de santé numérique constituent les priorités annoncées.
L’échelle des sanctions reflète la gravité des manquements. Les violations des interdictions (systèmes à risque inacceptable) exposent à des amendes pouvant atteindre 35 millions d’euros ou 7% du chiffre d’affaires annuel mondial. Le non-respect des obligations applicables aux systèmes à haut risque entraîne des amendes jusqu’à 15 millions d’euros ou 3% du chiffre d’affaires. Les manquements aux obligations de transparence sont sanctionnés à hauteur de 7,5 millions d’euros ou 1,5% du chiffre d’affaires.
Échelle des sanctions :
● Systèmes interdits : 35M€ ou 7% CA mondial
● Non-respect haut risque : 15M€ ou 3% CA
● Manquements transparence : 7,5M€ ou 1,5% CA.
Calendrier de mise en conformité
L’AI Act déploie ses obligations progressivement selon un calendrier précis que les entreprises doivent anticiper. Depuis le 2 février 2025, les interdictions sur les systèmes à risque inacceptable sont pleinement applicables. Toute entreprise utilisant ces technologies s’expose immédiatement aux sanctions maximales.
À partir du 2 août 2026, les obligations relatives aux systèmes d’IA à usage général (GPAI) entreront en vigueur. Les fournisseurs de modèles comme GPT, Claude, ou Mistral devront respecter des exigences de transparence renforcées incluant la documentation des données d’entraînement et la publication de résumés techniques accessibles.
Le 2 août 2027 marquera l’application complète du règlement à tous les systèmes à haut risque. Les entreprises disposant de ces technologies doivent donc initier leurs démarches de conformité dès maintenant pour respecter ce délai. Notre expérience démontre qu’un système à haut risque nécessite 12 à 18 mois de préparation pour atteindre la conformité complète.
Certification et audits recommandés
Bien que non obligatoire, la certification ISO/IEC 42001 facilite la démonstration de conformité. Les audits d’algorithmes par tiers indépendants coûtent entre 15 000 et 80 000 euros selon la complexité mais apportent une assurance précieuse.
L’AI Act transforme les pratiques des entreprises françaises en matière d’IA. Les organisations qui anticipent ces exigences et intègrent la conformité dès la conception bénéficieront d’un avantage concurrentiel durable. L’accompagnement juridique spécialisé et l’investissement dans la gouvernance de l’IA constituent des priorités stratégiques pour 2026-2027.
Les organisations qui anticipent ces exigences et intègrent la conformité dès la conception de leurs systèmes d’IA bénéficieront d’un avantage concurrentiel durable. L’accompagnement juridique spécialisé et l’investissement dans la gouvernance de l’IA constituent des priorités stratégiques pour naviguer sereinement dans ce nouveau paysage réglementaire.


